Lettre aux adhérents

Tokyo, le 22 mars 2011

 

Chers adhérents, chers amis,

Nous espérons que ce message vous trouve tous bien portants, enfants et familles, et nous rendons hommage aux victimes du séisme et de ses conséquences.

Nous indiquons sur notre site quelques pistes pour ceux qui souhaiteraient participer financièrement à l’aide aux victimes (Croix Rouge Japonaise, Médecins du Monde etc.).

Vous êtes nombreux à nous avoir contactés : sachez que l’ AF reste active et mobilisée malgré la situation exceptionnelle à laquelle nous sommes confrontés. Nous avons choisi d’envoyer moins d’INFO AF, mais notre site et notre page Facebook sont mis à jour en continu.

Une partie des membres du bureau de l’association se trouve actuellement à Tokyo même, et une autre partie ailleurs, au Japon ou à l’extérieur du Japon, mais nous restons en contact permanent et travaillons constamment en lien avec le Lycée et l’Ambassade de France, auxquels nous avons offert notre aide.

La priorité la plus urgente aujourd’hui est de trouver une solution pour tous les élèves qui ne bénéficient pas actuellement de solution de scolarisation temporaire, et nous savons qu’ils sont nombreux car beaucoup de familles nous ont contactés pour cela-.

Nous sommes en contact permanent avec le Lycée à ce sujet, et nous soutenons les efforts faits dans ce sens : nous avons ainsi relayé sur notre site l’appel lancé hier matin pour recenser les élèves dans ce cas. N’oubliez pas de répondre très vite au message du Lycée, que vous retrouverez sur notre site.

Nous intervenons également, en liaison étroite avec le Lycée et l’AEFE, pour les familles dont les enfants séjournent actuellement en France et qui rencontrent des difficultés à trouver une place dans un établissement. N’hésitez pas à nous contacter si vous êtes dans ce cas ou pour tout autre problème.

Nous voudrions enfin essayer d’apporter notre soutien aux personnes que le flou de la situation au niveau de la sécurité ou pas de Tokyo met dans le désarroi. Nous avons de nombreux témoignages de tensions parfois très fortes provoquées par le caractère souvent contradictoire de différentes sources d’informations, une situation ressentie de façon plus particulièrement aigue peut-être au sein des familles mixtes franco-japonaises.

Face à la richesse mais aussi au fouillis d’informations souvent contradictoires, il n’y a certainement pas « une » « vérité ». La situation exceptionnelle nous place en position de faire un choix qui sera toujours personnel, provisoire, incertain. On peut placer sa confiance plutôt sur telle ou telle institution ou organisation, mais il ne s’agira jamais que du choix personnel et libre d’accorder sa confiance. Il ne s’agit pas de « croire ». Il ne s’agit pas « d’avoir raison ». Il ne s’agit pas d’une « vérité » pour laquelle il mériterait de s’affronter. Prenons la situation et nos propres limites avec humilité : la priorité est d’unir nos forces pour adoucir au maximum les inconvénients causés par les événements et de travailler tous ensemble à ce que le retour à la normale se passe le plus vite possible.

Nous voudrions aussi, spécialement à l’intention des Japonais ou conjoints de Japonais parmi nous, insister sur un point qui n’a peut-être pas assez été relevé jusqu’ici, concernant l’attitude apparemment si « décalée » de la communauté française, par rapport à la population japonaise .

On observe ces jours derniers la naissance d’un phénomène assez alarmant : certains commencent à interpréter le choix de fuir ou de rester comme un test d'amour du Japon (notamment chez certains de nos amis japonais blessés quelque part par la prudence-méfiance des Français, si décalée par rapport aux réactions de la population japonaise). C’est à notre avis un contresens complet. Les Japonais ne savent peut-être pas assez que la prudence-méfiance spontanée des Français face à l'accident et face aux informations diffusées dans les médias japonais manifeste moins une défiance vis à vis des autorités japonaises, qu'une méfiance généralisée provoquée par la calamiteuse communication des autorités françaises au moment de Tchernobyl. Les Français gardent généralement le sentiment qu’à l’époque, leur gouvernement et les médias leur ont menti, puisqu’on leur aurait annoncé que le nuage radioactif s’était arrêté “à la frontière de la France”, chose qui a été démentie par la suite par les études scientifiques. A la limite, la défiance apparemment dirigée vers les autorités japonaises n'est pas autre chose qu'une défiance historiquement acquise envers les autorités françaises (de l'époque).  Ainsi, faire le choix d’accorder sa confiance à d’autres sources d’informations que celles du pays où se déroulent les événements ne constitue en aucune manière une prise de position “contre” le Japon, qui n’est en rien concerné en tant que tel dans cette attitude. Insister auprès de nos entourages et amis sur ce point précis, qui est le vrai moteur des comportements récents de la communauté française, permettrait sans doute d’éclairer et de rassurer ceux que le spectacle de “la panique des Français” aurait pu mettre mal à l’aise.

 

Unis, à vos côtés,

François Roussel,

Président d’Honneur

pour l’équipe AF-fcpe


publié le 27 mars 2011