Fermeture de la bibliothèque parentale « AF »

Pour la bibliothèque parentale « AF » aussi, une page se tourne…

Il était une fois une bibliothèque ouverte à tous les enfants et à leurs parents…

Les parents qui ont des enfants à Fujimi connaissent bien l’agitation familière autour des bacs à livres sous le préau du primaire, chaque mardi après les cours, quand enfants et parents viennent « piocher » librement leurs prochaines lectures en toute liberté et pour leur simple plaisir.

Mais peu sans doute connaissent l’histoire de cette activité…

Dix ans d’histoire

Tout a commencé un jour de septembre 2002, quand une famille sur le point de quitter le Japon a contacté l’association pour lui proposer de lui faire don de deux ou trois cartons de livres. Nul n’aurait pu alors se douter alors que ce serait le point de départ d’une longue aventure qui durerait près de 10 ans… et qui n’est pas terminée!

De fil en aiguille, par des dons mais aussi par de nombreux achats permis par les cotisations des abonnés à la bibliothèque (bien que toujours fort modiques), le fonds de départ s’étoffa pour atteindre aujourd’hui environ 4000 ouvrages!

Les premières années, le Lycée conscient de l’intérêt de l’initiative, lui accorda l’usage hebdomadaire d’un local, partagé avec la vidéothèque associative (ADFE) également ouverte à tous, avec des armoires à demeure.

Les deux premiers locaux permettaient un accès direct depuis l’extérieur de l’établissement, ce qui en facilitait l’utilisation.

C’est pourquoi dès les premières réunions de concertation au sujet du futur Lycée (que l’on appelait alors «Lycée 2010») et de façon répétée ensuite, les représentants de l’association insistèrent pour que le nouveau Lycée, s’il devait voir le jour, prenne en compte dans ses plans la possibilité de ce genre de service -un « plus » incontestable pour l’établissement- , qui idéalement devrait pouvoir bénéficier d’un local donnant directement sur l’extérieur (et avec un accès vers l’intérieur de l’établissement facilement condamnable), pour pouvoir fonctionner même quand l’établissement serait fermé ou sans surveillance.

Par la suite, manquant de locaux, le Lycée a demandé à la bibliothèque de se déplacer dans un local de type « débarras » situé au fond du préau des primaires. L’activité elle-même devant désormais se déployer en plein-air (mais à l’abri de la pluie), sur des tréteaux, sous le préau.

Une mission d’intérêt général

L’intérêt d’une telle bibliothèque est apparu tout de suite évident, et son succès a été fulgurant : plus de 50 familles étaient inscrites régulièrement à cette activité pendant des années, pour ne fléchir que récemment, suite aux changements de locaux, mais aussi sans doute au fait que le Lycée ne permet plus, depuis 2 ans, de transmettre par son intermédiaire à toutes les familles l’information sur l’existence de ce service. De ce fait, une partie des familles en ignore aujourd’hui certainement jusqu’à l’existence.

Cet intérêt et le bénéfice pour les enfants tiennent en un mot : Japon. Nous sommes ici au Japon, ce qui signifie que nos enfants n’ont pas accès à des bibliothèques publiques en français comme cela serait le cas en France (ou dans un autre pays francophone) ; or le prix des livres sur place ou par correspondance est complètement rédhibitoire pour de nombreuses familles, et une grande partie du public du Lycée n’a pas la possibilité de se rendre en France suffisamment souvent pour s’y approvisionner à des prix abordables…

De ce point de vue, la bibliothèque AF joue ainsi exactement le même rôle qu’une bibliothèque publique en France (mais dans un contexte où le besoin en est encore plus criant) : une voie d’accès à la lecture dans un autre cadre que le cadre scolaire, une autre chance de découvrir le plaisir et l’intérêt de lire, et pour les gros lecteurs la possibilité d’accès à un nombre très grand d’ouvrages divers. Elle ne fait ainsi en aucun cas « double emploi » (pas plus qu’elle ne leur fait ombrage) avec les bibliothèques (médiathèques) du Lycée (BCD et CDI), dont l’accès relève d’un autre cadre, le plus souvent réglé par les conseils des maîtres et des documentalistes, et avec aussi d’autres objectifs. Ainsi a-t-on vu de temps en temps (comme dans toute bibliothèque) tel ou tel enfant rétif à la lecture, persuadé d’être allergique à la chose, ou « incapable », découvrir dans le cadre de la bibliothèque AF qu’il était capable de lire, et s’ouvrir, s’épanouir soudain à la lecture (…et par contrecoup se sentir mieux aussi à l’école). Ce constat n’est ni critique envers l’école, ni miraculeux, c’est l’effet normal et prévisible d’une bibliothèque de ce genre : donner une chance en plus.

Les bonnes fées de la bibliothèque

Mais cette petite histoire de la bibliothèque AF oublierait le principal si elle ne rendait pas un hommage appuyé aux personnes sans qui elle n’aurait jamais pu vivre : les généreuses bénévoles volontaires (bien toujours bénévoles, jamais rémunérées en quoi que ce soit) qui s’en sont occupées pendant toutes ces années. On aimerait citer des noms qui viennent immédiatement à l’esprit, tant le dévouement fut énorme et impressionnant. Mais on aurait peur de commettre une injustice en en oubliant un… L’équipe de la bibliothèque fut en effet changeante au fil des années, quoique généralement structurée autour d’un ou deux « piliers » donnant des trésors de temps et de dévouement à la faire vivre et à se développer. Assurant les permanences, qu’il pleuve, qu’il vente. Tenant minutieusement le compte des prêtés et des rendus. Rangeant, replaçant… Réfléchissant méticuleusement aux meilleurs achats possibles en fonction des besoins des enfants. Et surtout accueillant, parlant, encourageant et conseillant sans relâche les usagers.

Combien de sacrifices… combien de dizaines, de centaines d’heures données? combien d’énergie, d’efforts sans cesse renouvelés? En faire le compte serait impossible!

Mais à l’heure où une page se tourne, nous voulons leur dire à toutes (au féminin car de fait, il y eut « peu » d’hommes dans cette équipe…) un très, très, très grand merci!!!

Alors, quel avenir pour la bibliothèque?

Compte tenu de son utilité et du rôle spécifique et bénéfique qu’elle joue dans l’établissement, nous aurions voulu et nous avons demandé de façon répétée que la bibliothèque soit intégrée aux activités périscolaires du Lycée, comme convenu pour toutes les activités périscolaires concernant les enfants lors du conseil d’administration de mars 2010.

Mais le Lycée nous a signifié qu’après le déménagement il ne pourrait pas tout de suite assurer l’hébergement des quelques armoires nécessaires à la pérennité de cette activité. Un don du stock de livres aux bibliothèques « internes » du Lycée (BCD et CDI) a alors été envisagé mais, sans contrepartie significative, il aurait signifié de fait la mort de la bibliothèque et donc une diminution des services éducatifs rendus dans le cadre du Lycée, puisque c’est justement son caractère « séparé » et son fonctionnement spécifique (ouverture en dehors du cadre des classes, liberté absolue de choix, accès familial…) qui permettent à la bibliothèque de jouer son rôle spécifique et complémentaire (comme toute bibliothèque publique).

Il faut donc sans doute laisser passer au Lycée le « grand chamboulement » de son déménagement. Pour un temps, le stock de livres, rangé dans des cartons, sera gardé en réserve, réparti chez un certain nombre de membres de l’association.

…Dans l’espoir qu’un jour proche elle renaisse dans le cadre du magnifique nouveau site du Lycée, où elle aura à nouveau son rôle bénéfique à jouer pour enrichir l’offre éducative de l’établissement et prendre sa (modeste) part à son rayonnement.

L’AF tient également à remercier la société de déménagement Asian Tigers qui a généreusement offert des cartons  pour déménager et stocker les ouvrages dans les meilleures conditions possibles.

 


publié le 8 avril 2012